Mémoires d'une 500
Téléchargez cette copie du dessin original de la Compagnie Electro-Mécanique,
scanné par morceaux et réassemblé avec grand mal, à peu près correctement...
Attention, le fichier ZIP fait 2 181 357 octets, mais le dessin final mesure 2,36 m x 0,60 (image gif)...
...Et ça ne passe pas dans l'imprimante...!
Si elles pouvaient parler...
Pourquoi n'aurais-je pas le droit, moi, de donner mon avis ? Parce que je suis une machine ? Allons-donc...
Je suis, ou plutôt j'étais, une 5500. Une machine électrique née du PO, vers 1930, mais qui écuma pratiquement toute la région du Sud-Ouest, de Valenton ou Austerlitz à Hendaye. Ils nous appelaient les 500, presque affectueusement, parce que nous pouvions tenir tête aux vapeurs. Nous en avions la robustesse et la masse, à défaut de l'allure.
Mon nez a pris plusieurs formes selon les séries. Carré, arrondi, pentagonal. On nous surnommait nez de cochon, waterman, femmes enceintes...

Mais les 500 ont tout fait, tout tiré, les lourds ou les rapides, et les hommes qui nous pilotaient nous ont beaucoup demandé. Je me rappelle de ces petits hommes, perdus dans mes 140 tonnes de ferraille, lorsqu'ils passaient chacun d'un côté pour ouvrir les tabatières. Ils n'étaient pas fragiles, eux non plus ! Mes couloirs baignaient souvent dans l'huile, et mes cabines dans les courants d'air. Mais les abominables secousses que je leur infligeais, lorsqu'ils me cravachaient, ne leur ont jamais arraché une plainte. Quelle époque !
On ne parlait ni confort, ni silence...On parlait Büchli...On ne parlait pas de radio, de KVB, de gestion, d'argent...On parlait de la marche, de la rampe, de l'heure, du rail. On faisait des trains, et quels trains ! A 140, il fallait qu'ils s'accrochent, les bipèdes ! Je les ai bien souvent vu souffrir sur leur petit strapontin. Du froid, de la fatigue, du manque de sommeil...

Combien de fois les ai-je vu surpris par un avertissement inattendu ! Ce bond sur la vigilance, sur le H7A, sur le manipulateur à ramener à 0, et la seconde de stress avant que la dépression ne morde... Nous roulions vite, les cantons étaient courts, et le frein à haute puissance n'était pas encore installé, pas plus que l'électro-pneu, pas plus d'ailleurs que les distributeurs...

Mais dans les rampes de 15, c'est moi qui souffrait. Avec mes grandes roues, j'étais plutôt taillée pour la course... Ah, les vaches ! Ils m'en ont fait voir dans la rampe d'Etampes...!
Mais on s'aimait bien ! C'était nous, les dinosaures...
La meilleure d'entre-nous a effectué sans faillir 7,8 millions de kilomètres en 45 ans. 195 fois le tour de la terre ! 20 fois la distance de la terre à la lune ! Ah, s'ils avaient posé des rails...
Et puis les BB et les CC sont arrivées ! Des danseuses avec leurs petites jupettes et leurs petites roues. Elles raflaient tous les records. Nous avons résisté longtemps, jusqu'en 1980. Il se profilait alors un autre monstre à l'horizon, qui ferait frémir d'autres hommes ...
Ils l'appelaient le TGV !
Moi, j'étais une 2D2...