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L'asbestose, ou les problèmes de l'amiante...


On parle beaucoup de l'amiante ! Mais rarement dans les chemins de fer...


C'est Robert Augendre (Nevers 49/52) qui raconte :

    Je voudrais parler de l'ASBESTOSE, qui touche bon nombre de cheminots, car l'AMIANTE a été utilisé à outrance sur les locomotives à vapeur, comme isolant et joint vapeur.
Il résitait aux fortes pressions et températures.

    Sur les engins diésel, qui ont remplacé définitivement "la vapeur" vers 1965, il y en avait encore autour des tubulures d'échappement des moteurs. C'est donc pendant des décennies que les cheminots de tous grades ont plus ou moins été au contact de l'AMIANTE.
Jamais personne ne nous a parlé du danger de cette matière !

    Moi, ça été découvert à 15 jours de partir en retraite, en septembre 1989. J'ai passé une radiographie... et on a vu pour la première fois les plaques pleurales dues à l'asbestose, ce qui est normal puisqu'il faut compter une trentaine d'années avant que cela apparaîsse à l'imagerie médicale.
J'ai commencé à travailler à la vapeur dès la 3e année des arpètes. Nous allions au levage, au dépôt de Nevers, pour refaire les révisions de petites locs de manoeuvre. On a commencé à avaler l'amiante. Il y en avait partout !
J'ai ensuite travaillé à l'atelier montage des vapeurs des "Ateliers de Nevers Machines" de 1952 à 1955.

    Au retour du service militaire, en 1957, de nouveau les 141 R... Les premiers diesels sont dans l'atelier, qui prennent le pas sur la vapeur.
On continue les 141 R jusque vers, à peu près, 1965... mais d'énormes calopulseurs ont été installés dans les ateliers de Nevers. Pour le chauffage de ces immenses volumes, c'est une révolution, ça remplace bien les cubilots que l'on allumait avec du coke..!, mais pour avaler tout l'amiante, qui est partout, surtout dans l'atelier montage, et le rejeter par les milliers de m3 d'air expulsés, il n'y a pas mieux...!

Pour nous, il n'y avait pas de bile à se faire : on nous avait appris à l'école "que notre système respiratoire contenait des cils vibratiles qui arrêtaient tout..."

    Sur les 141 R, l'épaisseur d'amiante qui entoure la chaudière devait être d'au moins 12 ou 15 cm... Quand tout ça avait été bien surchauffé et que les machines passaient en Révision Générale à l'atelier pour être entièrement démontées et révisées, l'amiante tombait dans la fosse. Nous utilisions des machines portatives telles que visseuses-dévisseuses, perceuses, aléseuses, portatives actionnées à l'air comprimé pour travailler sur les locomotives. Quelques boyaux d'air, plus ou moins étanches, ou qui se débranchaient, soufflaient la poussière dans les parages. Tous ceux qui vivaient là, ou même qui passaient, en avalaient.
Les chaudronniers petite tôle broyaient l'amiante pour en faire une pâte, servant à bien colmater entre les pains d'amiante, qu'ils appliquaient sur la chaudière avant de monter les "tôles-enveloppe", qui sont en quelque sorte la partie visible de la machine.

On ne compte plus les décès. Chaque année plusieurs de nos retraités du dépôt ou des ateliers meurent de cette saloperie.

    Par contre les médias ne parlent jamais de ce fléau à la SNCF. On ne parle que de l'amiante des plafonds de certains lieux. Je veux bien, mais la quantité que nous avons avalée est sans commune mesure.

    A signaler que des cheminots de toute la France ont créé une association pour défendre les cheminots asbestosés :
"Cheminots Amiante". Le siège est au 47/49 Avenue Simon Bolivar - 75950 PARIS cedex 19.
Tél : 01.56.41.56.70 - Fax : 01.56.41.56.71


    J'ai passé un scanner qui a montré les "nombreuses plaques pleurales"..... Je suis à 5% d'invalidité. Pour l'instant ça ne bouge pas !
J'ai touché une bonne indemnisation du FIVA (Fond d'Indemnisation des Victimes de l'Amiante), mis en place par l'Etat...

Avril 2005 - Robert AUGENDRE