Un train d'enfer...
Jacques Prin (StPierre 62/65)nous raconte un voyage peu ordinaire...
Quand je vois défiler à toute allure les silhouettes profilées des TGV et autres rames TER, bêtes racées dévoreuses de kilomètres, ennemies de la minute perdue (?), ma mémoire me repasse le film d'un périple - le mot n'est pas trop fort - qui m'emmena non sans quelques péripéties de Tours à Châteauroux, lieu de résidence de mes parents, afin de goûter aux délices d'un week-end de Pâques bien mérité...
Vers la fin des années 60, pour assurer toutes les marches (régulières et supplémentaires) en période de fêtes, la maison ne reculait devant aucun sacrifice en "râclant les fonds de tiroirs" et l'on pouvait voir des compositions dignes d'un autre âge faire des trains normalement assurés par des autorails dits "contemporains" style "Picasso", ABJ4 voire même VH...
Mes horaires de fin de service à l'atelier du dépôt de saint Pierre-des-Corps m'interdisant de prendre le train du vendredi soir me conduisirent comme chaque semaine à emprunter celui du samedi matin en compagnie d'un collègue résidant, lui, à Buzançais (Il se reconnaîtra sûrement si ma prose arrive jusqu'à lui !).
Donc, par ce beau matin d'avril, notre fier convoi, composé d'une déjà vénérable BB 63000 tractant une demi-douzaine d'antiques voitures à deux essieux "climatisées" à la vapeur par les soins d'un fourgon-chaudière attelé juste derrière l'engin moteur, s'ébranla pour avaler vaille que vaille les cent dix kilomètres séparant Tours et Châteauroux en - pensait-on - quelques deux heures quarante cinq minutes (Moyenne commerciale : 40 km/h)...
C'était compter sans Dame Malchance qui avait pris elle aussi un billet jusqu'au terminus et qui commença à faire des siennes dès le premier arrêt...
C'est ainsi que le moteur de notre vaillante loco rendit l'âme après un parcours de sept ou huit kilomètres seulement ! Nous prîmes donc notre mal en patience en attendant l'engin de relève pour peu qu'il y en ait un, lequel arriva une bonne heure et demie après et, tant bien que mal notre tortillard reprit sa route au grand soulagement de tous ses occupants...
Pas pour très longtemps, puisque vingt minutes plus tard, Dame Malchance qui commençait à se piquer au jeu, bloqua notre train en gare de Courçay-Tauxigny pour un second arrêt qui, après trois quarts d'heure, commençait à nous paraître un tantinet longuet...
Au bout d'un moment, le chef de gare nous apprit que l'autorail du matin qui revenait de Loches avait fermement revendiqué sa priorité à un camion au PN de Cormery !...
Sur ce, passablement agacés par ces contre-temps, mon collègue et moi décidâmes, à la vue de la RN143 passant à une centaine de mètres de la voie, de changer de monture et de tenter l'auto-stop. On ne peut pas vraiment dire que ça allait plus vite que le train mais, malgré tout, nous sommes tout de même arrivés deux heures et demie plus tard à Buzançais, terme de son voyage pour mon compagnon d'infortune.
Comme ce moyen de transport était au moins aussi aléatoire que le précédant, une intuition m'a poussé vers la gare ou j'ai fini par apprendre que mon brave train allait entrer en gare dans le quart d'heure suivant !
C'est ainsi que je terminai mon trajet (vitesse commerciale : 17 km/h), bien content quand même d'être arrivé au bercail, si l'on excepte le fait que, Dame Malchance toujours sur le dos, j'ai du rentrer à la maison sous la pluie,... traînant mon cyclomoteur,... roue arrière crevée !!!
Jacques Prin (StPierre 62/65)